Pour finir l'année, et en attendant la suite des "Deux ailes de l'oiseau", voici, cher lecteur, un conte du Budo tout fraîchement écrit dans la veine traditionnelle. Bon réveillon!
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Les portes du dojo étaient ouvertes sur le jardin, où les arbres et les fleurs déployaient leur beauté sous le bleu du ciel. Maître Takuan attendait son élève Kenji, le plus doué de tous, bien qu’il fût encore jeune et impétueux. Ce jour-là, le Maître pensait le temps venu d’expliquer ce principe de l’escrime qui dit: «Le juste sabre ne quitte pas son fourreau». Il venait d’arranger un bouquet, très simple et élégant, sur l’autel où brûlait un bâtonnet d’encens. Il s’agenouilla, son sabre près de lui. Le visiteur ne se fit pas davantage attendre. Venant du jardin où il s’était préparé, Kenji se présenta à la porte, salua comme il se doit le lieu et le Maître, puis s’agenouilla à sa place pour saluer son sabre. Une question le taraudait, qui était survenue en chemin et l'empêchait de se disposer pleinement à écouter la leçon. Cette question était :"Quel est le juste chemin du sabre?" Il s’apprêtait à la poser quand l’esquisse d’un sourire se dessina sur le visage de Maître Takuan. A ce moment précis, une grosse mouche entra dans le dojo et se mit à virevolter en zézayant. Gardant silence, le Maître ne quittait pas des yeux son élève, qui s’efforçait de ne pas se laisser déconcentrer par le vrombissement de l’insecte. Après un moment, Kenji porta lentement les mains à la poignée de son sabre et d’un mouvement fluide, précis, parfaitement cadencé, dégaina et trancha la mouche en plein vol. Il reprit sa place, retenant au fond de lui toute manifestation de fierté et de joie d'avoir démontré une si bel adresse. Le Maître n’en disait rien, il ne parlait toujours pas. La question qui taraudait Kenji réapparut à son esprit. Une deuxième mouche fit irruption dans le dojo et se mit à virevolter en zézayant. Kenji s’apprêtait à dégainer son sabre une deuxième fois, quand la mouche ressortit par où elle était entrée. Son raffut se perdit parmi le doux bruissement du jardin. Kenji se disposa à écouter la leçon, l’esprit enfin libre de toute perturbation. Alors Maître Takuan dit simplement: «Ce sera tout pour aujourd’hui». Kenji roula des yeux étonnés, ce qui eut pour effet d’accentuer le sourire du Maître. Puis l’élève présenta ses excuses, salua son sabre, le professeur et le dojo, avant de s’en aller par les allées parfumées du jardin.